Once upon a time… Le Transsibérien

Petite Question est venue me rendre visite à bord du Transsibérien pour me demander tout ce qui lui passait par la tête. Une enquête exclusive au coeur de la Taïga Sibérienne, sur les rails de Yekaterinbourg à Irtskouk.

Petite Question: Commençons par le commencement. Le Transsibérien, c’est quoi en fait?

Dire le Transsibérien, c’est comme dire le Paris-Marseille. Le Transsibérien, c’est une ligne de chemin de fer qui va de Moscou à Vladivostok. Sur cette ligne, de nombreux trains circulent. Plus le numéro du train est bas, plus il est confortable, les numéros allant jusqu’à au moins 130. Moi, je suis dans le numéro 70, et il n’y a pas l’air conditionné dans ce train par exemple. Oui, okay, on est en Sibérie…

Petite Question: Dans le wagon, je regarde autour de moi, et je vois qu’il y a… wow, 54 lits! Euh… C’est un peu un dortoir géant, non?

Exactement. C’est la Platskart, la troisième classe, la moins chère évidemment. Ça sent les pieds et la soupe chinoise, mais comme on dit, plus on est de fous, plus on rit. On partage tous notre quotidien pendant quelques heures ou quelques jours, suivant les destinations. Nos wagons sont en bout de train, et souvent, lors des arrêts, on a tout le quai à remonter avant d’arriver à la gare. Quand on n’a pas d’argent, on a des pieds, comme on pourrait aussi dire.

Petite Question: Justement, tu parles de quotidien. Il se passe quoi, dans le train, pendant deux jours et demi?

Ben, la même chose que dans un monde sans espace temps, sans contrainte et sans internet. On dort quand on est fatigué, on mange quand a faim, on lit, on dessine, on écrit, on regarde les paysages, on épluche les jeux de logique des magazines, on joue aux échecs, on écoute de la musique, on regarde des photos, on discute, on apprend le russe sur des méthodes de lecture d’enfant … On vit quoi. Dans une lenteur extrême et un espace certes confiné, mais avec un doux bonheur.

Petite Question: « Sans espace temps ». Comment ça?

La notion de temps est très particulière sur les rails. Malgré le décalage horaire, l’heure de départ de tous les trains est indiqué à l’heure de Moscou, et c’est pareil pour tous les arrêts effectués par le train. L’heure d’arrivée est par contre exprimée en heure locale sur notre ticket. On traverse 4 fuseaux horaires en 48 heures, et quand on s’arrête dans une gare, les horloges sont également à l’heure de Moscou. De quoi être complètement perdu au bout de 24 heures… Au final, on mange des purées au petit déjeuner et on se couche en plein après-midi.

Petite Question: Justement. Ça se passe comment au niveau des repas, en dehors de la purée à 8 heures du matin?

L’ingéniosité est maître mot à bord du wagon. L’unique possibilité de cuisson est le Samovar, cette bouilloire géante qui se situe à l’entrée du wagon, en face de la cabine de la Provodnitsa. Autrement dit, il s’agit du centre névralgique du train. Tout se passe à ce niveau là. La grande gagnante des repas est la purée instantanée, suivie de près par les nouilles chinoises. Mais il est également possible de créer une délicieuse salade tomates et concombres, agrémentée de dés d’oeuf. Un véritable festin.

Petite Question: Et pour la toilette… Deux jours, c’est pas un peu long sans se laver…?

Bon, il faut bien le reconnaître, c’est un peu long. On sent le fauve et on a les cheveux gras. Mais c’est surtout pour l’auberge qui nous accueille à l’arrivée que c’est un peu dur. Il y a deux toilettes, une à chaque bout du wagon. Et, grand luxe, un lavabo avec eau non potable dans chacune. On se lave les dents avec prudence, on se donne un coup de lingette, et on y fait notre vaisselle (oui, oui, avec de l’eau non potable. On renforce nos défenses immunitaires).

Petite Question: Mais alors… Tu passes 58 heures allongée sur ton lit? T’es pas toute engourdie à la fin du voyage?

Pour les lits côtés « compartiment », ceux du bas servent de banquette la journée, et une table se situe entre les deux. Pour les lits côté « couloir », le lit du bas se transforme en table avec deux sièges, et inversement, en fonction des besoins. L’idéal, quel que soit le côté, est d’être deux, et d’avoir un lit en haut et en bas pour gérer sa journée en toute harmonie. Mais bon, des fois, on voyage seul, c’est comme ça, mais en général, tout le monde partage sa banquette de plus ou moins bon gré. Puis pour se dégourdir les jambes, des arrêts sont régulièrement fait en gare, les plus longs de 30 à 40 minutes. Pour les connaître, le tout est de bien lire le petit panneau, écrit en russe, et aux heures de Moscou, affiché à côté du Samovar. Facile.

Petite Question: Donc pour résumer, tu dors au milieu de 50 personnes dans un wagon qui sent les pieds, tu manges des plats lyophilisés, tu as l’odeur d’un mammouth et tu es coupée du monde pendant trois jours… C’est vraiment un plaisir de prendre le Transsibérien?

Ben… Étrangement, oui! J’adore. La petit famille à côté de nous est adorable. Ils voyagent pendant 6 jours et sont d’une gentillesse extraordinaire. C’est beau à voir. On a eu un fou rire en lançant des avions en papier, et eux en ont eu un autre en observant deux petits touristes prendre possession des lieux, et se cogner partout. J’ai le temps de faire toutes les activités que j’aime, tout en voyant défiler devant mes yeux, un paysage dans lequel je me perds par son immensité. Même la Provodnitsa, je l’aime bien, sous ses airs un peu sévère. Je l’ai même fait sourire avec ma guirlande de fanions accrochée à nos lits. La touche déco du train.

Petite Question: Ah ben oui. La Provodnitsa. On a failli l’oublier. C’est quoi son rôle en fait à cette petite dame en uniforme?

En fait, elles sont deux petites dames à se relayer. Ce sont les chefs du wagon. Elles vérifient les billets, distribuent les draps, s’occupent du ménage, rechargent le Samovar, répondent aux questions, réveillent avant l’arrivée, grondent, verrouillent et déverrouillent les portes du wagon, surveillent la sécurité… Un rôle qui se situe en fait entre la nounou et la gardienne de prison.

Petite Question: La sécurité? Parce que c’est dangereux le Transsibérien?

Absolument pas. Je me sens comme dans ma maison. Et contrairement aux idées reçues, je n’ai pas vu une seule goutte de Vodka de tout le voyage… Les petits vieux et les familles forment l’essentiel des voyageurs, et pour les plus jeunes, ils sont plus intéressés par essayer d’échanger deux mots en anglais que boire de l’alcool à outrance…

Petite Question: Donc… le petit mot de la fin?

J’ai envie de faire un câlin à tous les passagers de mon wagon, à la vie, puis même à la Provodnitsa.

16 commentaires sur “Once upon a time… Le Transsibérien

    1. 2-3 choses pro et perso à faire avant d’aller kiffer la life all around the world.
      APrès qui sait, je deviendrai peut-être rentier-globe-trotter (le pied :D)

  1. Super article, ça me rappelle de bons souvenirs! J’ai eu la même impression que toi sur la perte de la notion du temps 🙂
    Je te fais partager mon ressenti sur le vif avec les fautes d’orthographes en cadeau 😉 :
    « J’ai perdu un peu la notion du temps après 49h de transiberien parcourant Moscou – Novosibirsk, la destination ou je me trouve actuellement, plus grande ville de Sibérie. Le fuseau horaire à changer, parti samedi à 22h50, je suis arrivée mardi à 3h50. Il y a eu au programme de la lecture (en grande partie), de la musique, du sommeil (en retard!), Quelques discussions avec des Russes (communication difficile à cause de la langue..), du thé, du pain et du beurre de cacahuètes, la visite du wagon resto avec une petite bière en récompense. Des paysages très verts, naturelles dont l’Homme n’as pas dénaturée d’un poil les lieux (des forêts de boulots, on peut en voir à des kilomètres!). Pas d’Internet mais le manque ne s’est pas fait sentir, ici on est dans une autre ligne temporelle, le train vous emporte et vous laisse admirer sa nature précieuse, vous réveille au gré des départs et des arrivés, des enfants qui chahutent et rigoles et du soleil qui se lève…tôt! (4h environ). L’atmosphère est familier, le train est très propre et l’air y est frais. Chacun a sa paillasse de 45cm de largeur, ses draps, son coussin et sa couverture. Deux toilettes par wagon et des prises électriques en quantité, mais attention ici tout est optimisé, je passe à peine mes épaules dans le rang. Douze minutes d’arrêt par grandes stations, à peine de quoi se dégourdir les jambes, mais suffisant pour prendre l’air et respirer un peu d’air nouveau.
    Ces deux jours de train sont passé vite et je peux dire que la Russie est une belle et grande réserve naturelle. »

    1. Ah, c’est chouette d’avoir les impressions d’un autre voyageur! Sacré bout également Moscou-Novossibirsk! Mais je pense que passer plus de deux jours dans un train en Russie fait partie de l’expérience Russe. C’est marrant, on retrouve les mêmes références, la perte du temps, les paysages infinis, les arrêts en gare… Tu as écrit tout le long de ton Voyage?

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