Petite Question… célèbre les trois mois

Petite Question s’accroche à ma maison-à-dos depuis 3 mois et des poussières d’étoiles, et aimerait bien faire le point sur ce début de voyage. Petite Question a beaucoup de grandes questions.

Petite Question: Voilà maintenant un quart d’année que tu es sur les chemins d’Europe et d’Asie. Quatre-vingt-dix jours sans maison fixe… Est-ce que, quand même, tu es pas un peu nostalgique de ton chez-toi?

Je ne me suis jamais autant sentie au bon endroit que dans ce nulle part. J’ai la sensation d’être exactement sous le bon soleil, au bon moment. Chaque lit d’auberge est mon petit univers, et je m’y sens tellement heureuse. La notion de chez-soi n’a plus vraiment lieu d’être. Mon coeur est profondément français, bat passionément pour la Nouvelle-Orléans et brille un peu plus intensément à travers chaque pays visité. Je marche tournée vers l’avenir, Petit(e) Poucet(te) aux graines de Tournesol, et le monde est ma maison.

Petite Question: Ta maison ne te manque donc pas vraiment… mais tes amis et ta famille? Tu te sens pas un peu seule sur les rails et les routes?

Les gens que j’aime sont au quotidien près de moi. J’ai leur musique dans les oreilles, leurs photos dans mon portefeuille. Je porte leur bracelets, leurs sacs, leurs robes… Leurs badges voyagent accrochés à ma maison-à-dos, et leur guirlande se balance dans chaque nouvelle chambre. Je parle souvent avec eux, et évidemment d’eux. Quand j’aime, j’aime profondément, et ce n’est pas un petit tour autour du monde qui va altérer tout ça. Je les sens là, à coté de moi, heureux pour moi, avec moi. Et en attendant la joie de les revoir, je fais des rencontres incroyables. Je ne suis finalement jamais seule dans ce voyage en solitaire. Je partage des instants de voyage avec des gens extraordinaires, amis de bouts de route à l’énergie incroyable. Finalement, ce sont les moments de solitude qui me manquent presque…

Petite Question: Hum… Des gens extraordinaires, des instants de voyage, des bouts de route… Quels sont alors tes plus beaux souvenirs de ce début d’aventure?

Il est évidemment très difficile de classer des expériences aussi différentes et intenses. J’ai vu les courbures de la Terre à 360 degrés sur un cargo au milieu de l’océan. J’ai traversé la Russie pendant plusieurs jours sur les rails les plus connues du monde. J’ai trempé mes orteils dans l’eau fraîche du lac Baïkal. J’ai été aspirée par les millions d’étoiles du désert de Gobi. J’ai parcouru les routes enneigées des steppes mongoles dans des paysages époustouflants. J’ai randonné sur les vieilles pierres de la grande muraille de Chine. J’ai grimpé une montagne sacrée… J’ai déjà des souvenirs pour toute une vie, et je n’en suis qu’aux premiers pas…

Petite Question: Les étoiles ne semblent pas être que dans le ciel de Mongolie… Toutes ces expériences t’ont-elle changée? Penses-tu que tu es toujours la même qu’il y a un trimestre?

Tout le monde change avec le temps… Si j’étais restée “chez moi”, j’aurais probablement aussi changé, c’est l’essence même de la vie. Mais je crois que le voyage me fait évoluer vers le meilleur de moi-même. J’apprends à agir avec bienveillance et sérénité, à être plus compréhensive du monde et des autres. Je sens cette énergie positive qui bouillonne en moi, et je me sens en paix avec mon monde intérieur, tout comme avec le monde extérieur.

Petite Question: Il semblerait que ton monde est peuplé de gros nounours en peluche qui dansent sur des nuages et font de gros câlins. Dans ton voyage, y a quand même pas des petites contrariétés? Des moments difficiles? Des situations inconfortables?

Bien sûr que tout n’est pas rose bonbon. Il y a des galères de voyage, inévitables, la plus grosse ayant été l’obtention du visa chinois, mais galère qui m’a aussi fait vivre mes plus beaux moments en Mongolie. D’une façon générale, chaque passage de frontière est un moment difficile. Même en étant irréprochable, on se sent toujours un peu criminel. Ma plus grosse difficulté est de ne pas sourire aux douaniers, de peur qu’ils pensent à de la moquerie… Le passage de frontière est une chose sérieuse. Mais finalement, je veux juste un peu de douceur dans ce monde de suspicion…

Puis, je m’égare souvent, je fais des erreurs de choix d’auberge, je perds mes affaires… Mon sac s’est allégé de plusieurs kilos grâce à mes oublis. Des petits tracas classiques. Ne pas trouver son auberge en arrivant dans une ville inconnue, de nuit, avec 5% de batterie et l’impossibilité de communiquer en anglais est une situation qui nécessite de garder son calme et d’être inventif. Je développe des compétences de survie, et une résistance aux conditions spartiates.

Petite Question: Conditions spartiates? C’est-à-dire?

Notre environnement confortable n’est pas une norme de ce coté de la planète. Il m’arrive régulièrement de passer plusieurs jours sans douche, à cause des transports, ou parce que l’eau courante n’est pas arrivée jusqu’aux yourtes mongoles. Et parfois se laver se fait seulement sous un jet d’eau froide… La chaleur est un luxe, dans la salle de bain comme dans son lit… Lit qui peut être dur comme le bois. Les toilettes se résument parfois à un simple trou dans le sol, ou à deux planches en équilibre au dessus d’une immense fosse… Mais finalement, je ne suis pas en sucre, et vivre dans la simplicité permet justement de découvrir des petits plaisirs simples.

Petite Question: Alors, c’est parti! Peux-tu nous faire une liste à la Prévert de quelques petits plaisirs simples?

Découvrir son lit déjà fait en arrivant dans une auberge. Se retrouver toute seule dans un dortoir. Sentir l’odeur du petit déjeuner en se réveillant. Prendre une douche après un trajet en train. Changer de vêtement après un trajet en train. Manger un vrai repas après un trajet en train. Trouver un shampoing abandonné dans une salle de bain. Etre la dernière à se préparer le matin. Etre seule au monde sur un chemin de randonnée. Écouter sa propre musique en prenant sa douche. Se faire comprendre en disant bonjour et merci dans la langue du pays. Avoir ses habitudes dans un restaurant local. Pouvoir créer sa cabane de lit grâce à un petit rideau. Écouter des histoires de voyage. Entendre parler toutes les langues du monde en partageant une bière. Apprendre un nouveau jeu de carte. Retrouver son chemin sur une carte ou dans le métro. Se faire guider par un inconnu à travers la ville. Voir apparaître un grand sourire sur le visage d’un habitant. Retrouver des voyageurs dans un nouveau pays.

Petite Question: Retrouver des voyageurs dans un nouveau pays… Hasard des routes?

C’est amusant, mais les voyageurs se croisent et se re-croisent sur le grand terrain de jeu qu’est la planète. J’ai retrouvé un Portugais avec qui j’ai partagé un verre sur une île du lac Baïkal en haut des dunes du désert de Gobi. J’ai retrouvé un Allemand avec qui j’ai partagé un petit déjeuner à Ulaanbaatar dans une auberge de Chengdu en Chine. Nos histoires de voyage s’entremêlent sur les chemins du monde.

Petite Question: Et on dirait que ton histoire à toi est un joli conte. Happy ending?

Mon histoire est extraordinairement magique, avec encore de nombreuses pages à écrire… Et j’ai totalement confiance en la vie pour savoir que dans cette histoire là, tout se déroule merveilleusement bien;

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