Petite Question… Dans le désert de Gobi

Petite Question est décidément très curieuse. Après m’avoir accompagnée sur les chemins de fer du Transsibérien, la-voilà qui m’a suivie sur les routes sableuses du désert de Gobi, des interrogations plein le sac de voyage.

Petite Question: Te connaissant maintenant un peu, il me semblait que les tours organisés c’est vraiment pas ton truc… Comment ça se fait alors que tu te retrouves dans cette voiture avec 4 inconnus, un conducteur cuisinier, une guide interprète et un programme détaillé?

Ben… C’est-à-dire que se promener dans le désert en mini-van ça ne s’improvise pas. Le conducteur est absolument indispensable dans ce dédale de chemins de terre empli de pièges à voiture. Il n’y a pas une seule vraie route, et ce technicien de la jeep mène pourtant son véhicule à bon camp, sans gps ni carte. Pendant des heures et des heures, on ne croise pas âme humaine, loin des centres villes et des réseaux téléphoniques. Le désert, quoi. Puis moi, j’ai pas du sang nomade dans les veines. Je peux même me perdre en suivant une ligne tracée au sol… Puis finalement, seuls au milieu des steppes, dans un confort rudimentaire, on a plus l’impression de faire un road-trip entre copains qu’un tour organisé troisième âge.

Petite Question: Tu dis le désert, puis moi je regarde les paysages, et je vois pas beaucoup de dunes de sable… C’est vraiment le désert là?

Le désert c’est immense, et c’est en fait plein de paysages différents. Je vais pas mentir, c’est quand même tout très sec. Aride même. Mais y a de vastes steppes, des canyons, des vallées avec des ruisseaux, des formations rocheuses, des plantes médicinales… Et même des dunes de sable. Chaque jour, un paysage nouveau s’étend à perte de vue.

Petite Question: Justement, comment se passe chaque jour dans le désert?

Les journées commencent tôt, la route étant longue d’un point à un autre. On passe en moyenne 6 heures dans la voiture, à dévorer les paysages des yeux, ou à les fermer de fatigue. On s’arrête en chemin de sable pour manger le déjeuner, préparé par les guides encore plus tôt le matin. On arrive à destination en milieu d’après-midi, s’installant dans nos yourtes, et partant après une petite sieste pour une marche dans la vallée, une ascension des dunes ou une escalade de falaises, synchronisant nos rythmes à celui des couchers de soleil. Après le dîner, végétarien, on se perd dans les étoiles, les nuits étant les plus incroyables que j’ai jamais vues. On se sent aspiré par l’univers tout entier.

Petite Question: Des étoiles, des paysages qui défilent, des couchers de soleil… Dans le désert, tu es la plus heureuse de l’univers tout entier justement, non?

J’avoue que sur les routes cabossées, les émotions décuplées par la fatigue et la sensibilité accentuée par ce huit-clos au milieu des immensités désertiques, je ressens l’ivresse du voyage partout à l’intérieur de moi… Et dans ce flottement de l’esprit, porté par les vents puissants du Gobi, je sens avec une force indescriptible la chance que j’ai de vivre tout ça. Un bonheur aussi grand que tous les grains de sable réunis.

Petite Question: Une vraie petite princesse au milieu du désert. Et la yourte, un château de sable?

Pas vraiment, non. On a dormi aussi bien dans la petite yourte de famille, les bouts de chèvre séchant sur le toit en tissu, que dans les camps de touristes, party électro au milieu des dunes. Les lits sont souvent durs comme le bois, les oreillers en feuilles de thé semblent comme en pierre, les multiples couches de couverture ne suffisent pas à isoler du froid nocturne, les araignées et les souris s’invitent dans nos sommeils… En six jours, nous avons eu deux douches, qui consistent en un frêle filet d’eau froide. Et les toilettes sont un profond trou entre quatre parois en tôle, posées au beau milieu de la steppe. Mais au fond, être princesse, c’est surtout dans la tête, hein.

Petite Question: Tout cela a l’air magnifique, bien que rudimentaire… Mais sinon, à part les paysages, tu as quand même pu apprendre de la vie des Mongols?

Pour peu que l’on soit curieux, et qu’on ait aussi plein de petites questions, les Mongols partagent avec plaisir leur mode de vie, bien que cela reste évidemment très superficiel. Je ne prétendrai jamais connaître une culture au bout d’une semaine. Cependant, notre guide a tenté de répondre à toutes nos interrogations, même les plus intimes, les joues toutes roses. Nous avons eu la chance d’entrer dans la yourte d’une famille et de partager un bol de yaourt de chèvre (puis d’intérieur de chèvre, mais heureusement, je suis végétarienne), avec eux ou d’assister au montage d’une yourte lors du déplacement pour l’automne.

Petite Question: Évidemment, pour finir, je te demanderai le fameux petit mot de la fin?

J’ai envie de faire un câlin aux Mongols du désert, aux chameaux sauvages et aux étoiles de Gobi. Et puis de boire un espresso.

Faites scintiller votre plume...